Partager l'article ! Terra Inferna: Petit extrait : " La clé – Enfin ! Je vous apporte la solution miracle ! ...
La clé
– Enfin ! Je vous apporte la solution miracle !
– …
Martha reconnut immédiatement la voix pour avoir passé des heures, des journées et des nuits entières à discuter avec cette femme. Confiante, naïve peut-être, elle lui avait tout confié de ses malheurs, de ses rêves. Elle pouvait se targuer de connaître leur vie sur le bout des doigts. Elles avaient ri et pleuré ensemble. Chacune de leurs rencontres avait été secrètes. Parce que les Hommes n’étaient pas prêts à entendre et pas prêts à changer. Parce que les idées d’Elisabeta étaient perçues comme un danger public. Frôler cet interdit, braver les autorités les grisait. L’adrénaline montait à chaque pas qu’ils faisaient. Ils étaient des précurseurs, des rebelles. Ils en perdaient parfois leur objectifs tant leur désir de révolution les tenait au ventre.
– Vous m’avez comprise ?
– …
– Vous vous souvenez de moi, tout de même ? Elisabeta !
Elle se souvenait effectivement de cette jeune femme combative, attentive qui dégageait un tel charisme pour son si jeune âge. Toutes deux avaient la vingtaine florissante. Toutes deux étaient fraîches. Toutes deux aspiraient à la maternité, chacune à sa façon.
Elisabeta levait le poing vers le ciel et soulevait des montagnes dont Martha osait à peine s’approcher. Elle frappait haut et fort sans porter le moindre masque, fière de ses projets, forte de ce visage innocent qu’elle arborait. Ses idées dérangeaient, mais on ne la prenait pas trop au sérieux. Que pouvait bien faire une jeune fille face au pouvoir écrasant ?
Martha se permettait de rêver ouvertement à ses côtés.
– Oui, je me souviens de vous.
Elles auraient pu être sœurs, à défaut les meilleures amies du monde.
– Je m’attendais à plus d’enthousiasme.
– Vous n’ignorez pas que vingt longues années se sont écoulées.
– … Je comprends votre colère, mais il a fallu se dresser contre tant d’obstacles…
– Non, vous ne comprenez pas ce que nous avons vécu, Horace et moi. Vous ne savez pas quel vide raisonne dans mon ventre, quelle douleur me déchire le cœur dès que je croise une autre femme avec un landau.
– Mais, j’ai du…
– Vous avez abandonné, Elisabeta.
Elle fut piquée au vif. Et si elle raccrochait dans l’instant… Après tout, il y avait encore deux autres couples postulants qui seraient certainement ravis de sa proposition. Pourquoi s’acharnait-elle à vouloir les satisfaire plus que les autres ? Parce qu’ils s’étaient montrés plus motivés, plus convaincants, plus attachants. Ils étaient les plus jeunes, surtout.
– J’ai enfin une adoption possible..."
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