"Petite extrait :
Il faisait chaud. C’était l’été de la canicule, l’été 2003. Je ressentais la chaleur, le même air étouffant de l’été 1976. Le ciel avait voulu assécher la terre pour mon retour aux racines. Tout
était identique, la pluie qui nous boudait, le sol qui se craquelait sous nos pieds comme le visage d’une vieille femme, les incendies de forêts faisaient rage. Comme mes souvenirs pouvaient être
vifs mais sélectifs ! L’air conditionné ne suffisait pas à rafraîchir nos chairs accumulées dans ces wagons, nos corps moites collaient aux sièges de cuir. Ma robe en fibre synthétique
devenait inconfortable, le tissu humide collait chaque centimètre de ma peau comme un amant jaloux. Le soleil souriait si fort à travers la vitre que ma joue droite en était rougie et brûlante.
Pourtant, je ne tirais pas le rideau pour le bouder, je recevais ses sourires avec bienveillance. Il m’avait manqué. Je voulais tout voir de ce chemin qui me menait jusqu’à ma terre fétiche, ma
terre fertile, la terre natale de mon père : le Portugal. Je voulais que mon enfance me saute au visage comme un éclat de rire et que mon arbre replante ses racines dans le sol pour faire
remonter la sève jusqu’à mon inconscient. Je me sentais trop sèche comme cette terre aride. Je souhaitais que mon pays d’adoption me reconnaisse.
Le train venait de s’échapper de la France. Nous avions quitté les Pyrénées et le pays basque que je chérissais tant avec ses sommets enneigés même en été me protégeait. L’Espagne avec ses paysages verdoyants, ses femmes aux jupons volants me souriaient. Bientôt le Portugal m’ouvrirait les bras m’accueillant comme l’une de ses enfants.
Un cri aigu me tira de mon isolement et je bondis sur mon siège. Tombée à genoux dans l’allée, une petite fille pleurait à un bras de distance de moi. Le nœud rose qui maintenait ses cheveux glissa le long de son dos et sa natte se défit à l’extrémité. Immobile, les mains plaquées au sol, ses larmes s’écrasaient sur le revêtement de caoutchouc. J’aurais pu tendre la main pour l’aider mais au lieu de cela, je la regardais hébétée, attendant que sa mère vienne la consoler, que quelqu’un s’occupe d’elle et qu’elle arrête de pleurer ! Je l’observais toujours et moi aussi, j’avais envie de pleurer. Ma mère tourbillonnait devant moi, chantant et dansant sous mes yeux sans me voir, petit diablotin, fourche à la main mais auréole de pacotille posée sur les cheveux. Tout n’était que souvenir, qu’un simple morceau de passé et le passé était si loin. Pas si loin en fait …puisqu’il était face à moi et que je le poursuivais. J’étais lâche. Tout ce voyage n’avait qu’un seul but : vivre ce passé et à peine montrait-il le bout de son nez que je fermais les yeux. Au bout de mon chemin, il me fallait revivre, respirer et ressentir comme une petite fille."
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